Dans mon rôle de manager, je me suis fait une règle de ne jamais faire payer deux fois l’erreur d’un collaborateur. Ce billet était en panne de finition depuis deux ans et plus… Et puis je suis tombé sur le texte ci-dessous de Dom Miguel Ruiz : de son livre : les quatre accords Toltèques.
«Tout comme un gouvernement possède un livre de lois qui contrôle le rêve de la société, notre système de croyances est le Livre de Lois qui dirige notre rêve personnel. Toutes ces lois existent dans notre tête, nous les croyons, et notre Juge intérieur fonde tout ce qu’il dit sur elle. Le juge décrète et la Victime subit la culpabilité et la punition.
Mais qui dit que la justice est présente dans ce rêve ?»
La vraie justice consiste à ne payer qu’une seule fois pour chaque erreur. La vraie injustice consiste à payer plus d’une fois pour chacune.
Combien de fois paie-t-on pour une seule erreur ?
Réponse : des milliers.
L’être humain est le seul animal sur terre qui paie des milliers de fois pour chacune de ses erreurs. Tous les autres animaux ne paient qu’une seule fois pour les erreurs qu’ils commettent… Nous commettons une erreur, nous nous jugeons, nous nous déclarons coupables et nous nous punissons.
Si nous avons un conjoint qui nous rappelle aussi notre erreur afin que l’on puisse de nouveau se juger, de nouveau se punir et de nouveau se déclarer coupable, est-ce juste ? »
Ce texte faisait écho à ma règle de « ne pas faire payer deux fois » qui tente de compenser ma tendance à la sévérité.
La deuxième fois que j’ai eu à licencier un collaborateur, cela concernait le manager d’une population technique. Il rechignait à tout. Il était en permanence en récrimination à l’adresse de tout ce qui se passait dans la société. La moindre chose qui lui était demandée, faisait l’objet de négociations âpres. L’ambiance de l’équipe se dégradait et le climat rejaillissait sur la prestation-client. J’étais décidé à m’en séparer.
Le hasard m’a amené à tomber sur une note de frais trafiquée par ce manager. Le montant du bricolage était modeste mais le traficotage ne faisait aucun doute.
J’ai tremblé, comme toujours, à l’idée de le licencier. Un expert m’a confirmé que le licenciement est défendable au vue de la législation. Le traficotage est démontré et il est manager.
Mon idée consistait à procéder au licenciement pour une autre raison que celle de ma décision. Cette option a orienté les licenciements suivants. Je n’ai jamais plus licencié quelqu’un pour la vraie raison. Curieux, non ?
Que serait-il passé si j’avais procédé au licenciement en démontrant par A+B qu’il était incompétent, qu’il était rejeté de ses homologues, etc. Quelle image aurait-il fabriquée de lui-même ? Tandis que dans l’option prise, il s’est considéré comme injustement traité, il dut estimer que j’étais un sale con. Mais il n’a pas eu besoin de se réparer pour continuer sa route professionnelle. Le licencier pour la raison de fond, c’était le punir deux fois : le licencier et lui dire qu’il était incompétent.
Lors du mondial de 2010, l’équipe de France de foot entame son 2ème match de manière tout aussi désolante que ses matchs précédents. A la mi-temps, le sélectionneur réprimande Anelka pour n’avoir pas bien tenu sa place. Celui-ci lui répond dans un langage de rue. Le sélectionneur le sanctionne immédiatement en le remplaçant pour la suite du match. La sanction était claire et immédiate. Le lendemain, un journal sportif n’a aucun scrupule à rejoindre la cohorte des torchons pour booster ses ventes en faisant sa « une » des propos d’Anelka « fils de pute, etc. ». Sous la pression imaginaire du peuple, le Président de la Fédération croit bon de renvoyer Nicolas Anelka du « Mondial » en lui faisant payer une deuxième fois son écart. A ce régime, au Moyen-âge, Anelka aurait subi le supplice de la roue pour être ensuite brûlé en place de grève… Quant au journal, il aurait fait partie des misérables délateurs zélés qui émaillent notre Histoire.
Du coup, tout s’affole, l’exclusion d’Anelka crée la révolte de ses congénères qui se découvrent solidaires … ils refusent de s’entraîner en guise de protestation et « exécutent » un dernier match pitoyable à l’image du climat provoqué par la double sanction.
Christian Becquereau. Roncq, le 29 juin 2010