Les managers ne servent à rien !

26 décembre 2010 • Christian Becquereau

1992 – La guerre du Golf, c’est la crise. Les entreprises doivent réagir, vite. Les chiffres d’affaires s’effondrent. La rupture est totale. Beaucoup d’entreprises réfléchissaient depuis quelques temps sur le management idéal. Mais quand l’entreprise réfléchit, elle ne le fait jamais en termes de management mais en termes d’organisation. Les consultants et sociologues stars font recettes, les Crozier en France, les Drucker sur le plan international. Les réflexions à la mode sont le prétexte tout trouvé par les entreprises pour se séparer, par bataillons entiers, de managers. L’objectif «rendre flat» la pyramide hiérarchique, diminuer le nombre de couches de managers. Officiellement, l’objectif, c’est de raccourcir le circuit entre la décision (Direction) et la base. Aujourd’hui, nous dirions pour rendre l’entreprise plus agile. En fait, le but, c’est de faire des économies immédiates.

Certaines entreprises réussissent à diviser par deux le nombre de managers. Non satisfaites de cette curieuse prouesse, les entreprises chargent les managers d’objectifs personnels à réaliser. Les entreprises ont été légion à aplatir leur pyramide hiérarchique.

Ces deux actions conjuguées sur le fond de crise, cela revient à déclarer que le management et les managers ne servent à rien dans la performance de l’entreprise.

Les conséquences de ces décisions auraient dû être dramatiques. En effet, diviser le nombre de managers par deux et charger les managers restants d’objectifs personnels, c’est diminuer de 70% environ la capacité managériale de l’entreprise. Les entreprises auraient dû s’effondrer, être à genoux et crier grâce, réclamer à corps et à cris le retour des managers…  Rien de tout cela. Elles ont continué leurs coupes, ô combien, sombres. Surprise ! Les entreprises ont continué à produire des résultats ??? Elles ont même continué à croître et embellir. Vu de l’actionnaire, ce furent de bonnes décisions.

A ce stade, nous pourrions même suggérer de pousser la diminution des managers de 70 à 90 %, pour voir ? Après tout !!! Il faut bien savoir où est le curseur.

Voyons la question du côté du manager.

Du jour au lendemain, les managers survivants se sont retrouvés avec le double de collaborateurs sous leurs ordres. Leur disponibilité pour assumer leur rôle de manager s’est encore réduite pour arriver à assurer leurs objectifs personnels. A ce régime, qu’est devenu le job du manager au quotidien ?

  1. 1. Le manager n’a pas d’autre choix que de multiplier les réunions pour se donner l’illusion qu’il manage son petit monde. Mais les réunions ne sont souvent qu’un monologue où le manager déverse de l’information dans un registre «top-down».
  2. 2. Le manager ne peut que réduire ses contacts avec ses collaborateurs. Dans beaucoup de cas, le seul vrai moment accordé au collaborateur est limité à l’entretien annuel. C’est ce que révèlent les enquêtes des entreprises comme France Telecom et EADS.
  3. 3. Seul, face à cette situation ingérable, le manager bascule dans le stress. Coincé entre l’entreprise qui exige une productivité accrue chaque année et une indisponibilité à exercer son rôle de manager, le manager ne peut que transférer son stress à ses collaborateurs, déjà bien esseulés. Quelquefois, il franchira la ligne du harcèlement moral.
  4. 4. Le manager est devenu dans beaucoup de cas un technocrate du management, une espèce de super administratif. L’absence de dimension sociale obligée est colmatée, comme ils peuvent, par les services des Ressources Humaines.

La fonction managériale ayant été gommée, le collaborateur abandonné ne peut que désespérer.

Après ce génocide des managers, comment s’étonner de la vague de suicides. Ce sont les collaborateurs (et les managers) qui ont payé le prix fort. Il faut ajouter ceux qui continuent à errer sans passer à l’acte ultime.

La génération «Y» (née entre la fin des années 70 et fin 80) est en train de remplacer la masse de la génération du baby boom. La génération «Y» réclame un management de proximité. Pourquoi ? Parce qu’ils veulent aller vite et qu’ils ont besoin d’un manager-ressource pour (livre de Deffayet sur l’autorité) :

-       ajuster leur apprentissage,
-       être guidés dans leur évolution,
-       faciliter leur intégration dans leur entreprise.

Ils arrivent dans l’entreprise et sont confrontés à des managers absents. De leur côté, pour les managers du baby-boom, ça va trop vite. Eux qui avaient le titre de manager depuis des années, ne s’étaient pas rendu compte qu’ils avaient été dépossédés de ce rôle. Dans nos formations, ils nous disent : «avec la génération «Y», j’ai l’impression que je ne sais plus manage ». En fait, ils ont dû manager avec une impossibilité de proximité, le «management» n’était plus qu’un leurre.

Le crack du système bancaire, révélé par les subprimes, frappe de nouveau les entreprises. Quoi faire de plus après les plans sociaux et les délocalisations ? Et s’il fallait penser autrement ??? Certaines directions commencent à reconsidérer le management différemment !!!! Le manager serait-il fabriquant de performance et de bien-être ? OUI. Ils ambitionnent d’élever le niveau managérial de leurs managers. Les managers ne demandent que ça. Les managers ont simplement désappris car le système ne leur laissait plus  le temps d’exercer leur métier : fabriquant de «performers» et de performances.

Seulement voilà, en période de crise deux budgets sont «sucrés» en premier : la communication et la formation. Tailler dans le budget formation est même considéré comme un acte de bonne gestion (?) décidément, on n’est pas sauvé…

Quelques entreprises osent engager la formation de leurs managers comme un investissement… wouah ! Révolution ?

Après la descente aux enfers, le management serait-il en train de nous revenir, pour fabriquer de la performance sans détruire nos hommes et nos femmes ?

Du côté des collaborateurs, vont-ils retrouver un manager qui sait à la fois exiger, collaborer, être ressource, donner l’espace créatif et d’initiative afin que l’Homme donne toute sa dimension ? Gageons que ce jour-là, la vague de suicides, enfin, ira mourir sur la plage d’un endroit qui redeviendra un lieu de vie : l’Entreprise.

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