Mettre une limite à la honte !

22 février 2016 • Christian Becquereau

Le festival de Salzbourg va apposer une plaque commémorative à l’entrée de la salle Karl Boëhm. Elle précisera que cet immense chef d’orchestre a fricoté avec les nazis pendant la 2ème guerre mondiale.

Quel peut être le sens d’un tel acte 60 ans après les faits ; dix ans après la mort de ce grand chef ? Qu’espèrent ces inquisiteurs sur le tard en accrochant cette plaque ? Prolonger la honte de Karl Boëhm ou laver celle qui pèse sur leurs épaules ?

J’ai longtemps vécu avec la honte secrète d’être français. Je me demandais : si mes parents avaient été parisiens en 1940, auraient-ils dénoncé des juifs pour la rafle du Veld’hiv. Je ne les ai jamais entendus prononcer un quelconque mot contre les juifs. J’avais le sentiment de faire partie d’un peuple qui avait été raciste. J’avais honte par procuration. Les organisateurs du Festival de Salzbourg n’ont pas vécu, non plus, la période nazie. Vivent-ils une honte par procuration ?

A l’issue de la dernière guerre, la plupart des chefs d’orchestre allemands ont dû passer par le processus de dénazification. Hans Schmidt-Isserstedt n’a pas dû y passer car il a fui Berlin pour Hambourg, moins contrôlée par les nazis. Il a pu jouer des œuvres de compositeurs juifs et garder des musiciens juifs dans son orchestre. La grande majorité des allemands étaient hitlériens. Est-ce une raison pour que le peuple allemand continue de porter la honte des actions de leurs ancêtres ? Non. Et nous, quel jugement pouvons nous porter sur le peuple allemand d’aujourd’hui et celui d’hier ? Voilà deux questions qu’effleure ce billet.

Prenons le cas des colonisations. Aujourd’hui des jeunes d’origine Magrébine, plus ou moins en rupture de ban, considèrent que la France a une dette vis-à-vis d’eux de par la période coloniale. Récemment les politiques ont présenté des excuses au nom de la France pour cette période. Ils ont donné du crédit à ces insurgés en herbe. Mais plus grave, ils ont jeté la honte sur nous, Français d’aujourd’hui. Ils n’avaient pas le droit !!!! Il en est de même pour l’esclavage.

Revenons à la plaque commémorative du grand Karl Boëhm. Après la fin de la guerre, ce chef d’orchestre a subi le processus de dénazification, comme ses confrères non moins prestigieux, Karajan, Fürtwangler, etc. Ce processus était public. Ils ont payé leur dette à la société en vivant la honte. Ce serait s’attribuer un pouvoir de « condamnation éternelle » que de ne pas tirer un trait sur leurs actions passées. Les condamnations ont été prononcées. La justice est passée. S’octroyer le droit de juger de nouveau ce qui a été jugé fait partie de la « justice éternelle ». Elle n’appartient qu’à Dieu et la foi pousse à croire que Sa justice est pleine de miséricorde et de pardon.

Juger un évènement des dizaines d’années après, c’est jouer à l’apprenti justicier. Avec des éléments partiels de la situation d’origine, c’est non seulement faire, à coup sûr, une erreur judiciaire, c’est aussi condamner une 2ème fois pour un unique crime. C’est le cas pour Karl Boëhm, la colonisation, l’esclavage, les croisades, l’Inquisition, etc.

Un exemple récent et plus futile, aide à prendre un peu de hauteur par rapport à ces évènements douloureux. Cela aide à comprendre en quoi l’espace temps change tout très vite et que juger après coup, c’est se tromper. Prenons l’usage du qualificatif « racisme ». Selon le Petit Robert, le racisme, « c’est la théorie de la hiérarchie des races, qui conclut à la nécessité de préserver la race supérieure de tout croisement, et à son droit de dominer les autres. » Les associations dites antiracistes ne veulent pas entendre cette définition car elles ne pourraient pas faire leurs choux gras grâce aux procès intentés au moindre mot qu’ils estiment de travers. Elles préfèrent créer la confusion entre discrimination et racisme. Voyons la définition de discrimination : c’est le fait de séparer un groupe social des autres, en le traitant plus mal. Aujourd’hui il suffit de noter une différence entre un groupe social et un autre pour considérer qu’il s’agit de maltraitance et donc de racisme.

Dix ans, n’est rien à l’échelle du temps. Et cependant, rien qu’en 10 ans, l’usage du mot racisme n’a plus de lien avec la définition du dictionnaire. Les humoristes d’il y a 10 ans seraient tous au banc des accusés. Les expressions comme « saoul comme un polonais » sont condamnables. Heureusement que nos amis polonais nous rendent la pareille en disant « saoul comme un français ». Heureusement qu’entre nos deux peuples, c’est une occasion d’en rire et non pas de se faire des procès à n’en plus finir. Les procès d’aujourd’hui n’ont pas d’autre objet que d’enrichir ces associations soi-disant antiracistes et mettre à mal la culture française de la liberté. Monsieur Guerlain a dû présenter des excuses publiques pour avoir utilisé l’expression « travailler comme un nègre ». J’ai entendu mille fois ma maman dire qu’elle avait travaillé comme un nègre. Elle ne disait pas « j’ai travaillé comme une négresse » car il s’agit d’une expression. Cela veut dire qu’elle avait été particulièrement courageuse. C’est plutôt valorisant pour les nègres. Ah ! C’est vrai, on ne peut plus dire « nègre ». Dans ma jeunesse, cela ne posait aucun problème en France. Ce n’était un problème qu’aux Etats Unis. Ils nous ont importé cet interdit, eux qui n’ont pas de leçon à nous donner sur ce sujet. « Maman ne reviens pas, tu serais condamnée ».

En 2 décennies au plus, le mot racisme a pris un autre sens. Nous voyons par là que ce qui était bien hier est abominable aujourd’hui. Alors, vouloir juger avec les principes moraux d’aujourd’hui des évènements d’il y a seulement vingt ans est un non sens. C’est encore plus insensé quand ces évènements sont plus anciens comme ceux de la dernière guerre, a fortiori ceux de plusieurs siècles.

Ceux qui recondamnent l’esclavage aujourd’hui, ont-ils lu le « code noir » publié sous Louis XIV ? Ce code officiel recommandait de bien traiter les esclaves. Cette lecture permet de commencer à appréhender la moralité de ce siècle. Le propos n’est en aucun cas de justifier l’esclavage. Ce que j’avance, c’est que le sentiment de honte est un sentiment immédiat. La condamnation a eu lieu. Il faut chercher à pardonner. Condamner à vie ou éternellement est une injustice. L’humanité ne s’en sortira jamais à empiler un millefeuille de culpabilités et de hontes.

Comment régler ses comptes avec la honte que l’on porte en soi par procuration ? En prenant la mesure que le passé n’est pas le présent ; en évitant les jugements à l’emporte pièce. Oui, la grande majorité des Allemands étaient hitlériens. Nos ancêtres auraient-ils été hitlériens si nous avions eu notre Hitler ? Possible ; Probable (?) Juger les Allemands d‘hier avec le niveau de moralité d’aujourd’hui, c’est un crime contre l’humanité.

Mettre une limite temporelle à la honte, c’est établir de la paix entre les peuples. C’est un bienfait pour l’humanité. Il faut faire confiance aux condamnations prononcées au moment des faits. C’est comme pour les condamnations pénales. Quand elles ont été expiées, la société les efface. Si jamais des condamnations n’ont pas été prononcées au moment des faits, c’est que ces évènements étaient plus ou moins compatibles avec le niveau de moralité de l’époque. Apprenons à tirer un trait.

Se pose la question de l’oubli. L’Histoire nous apprend que ne pas oublier n’a jamais empêché les atrocités de se répéter. Si ne pas oublier est un prétexte à condamner de nouveau, « ne pas oublier » est injuste. Ne pas oublier, c’est prolonger la honte. Qualifier cela de « devoir de mémoire », c’est en faire un dogme sur lequel on ne réfléchit plus. Cela ne sert pas la nécessité d’établir la paix entre les peuples.

Les plaques commémoratives condamnent avec notre moralité d’aujourd’hui des actes répréhensibles certes mais qui ont été jugés. Voyons dans Karl Boëhm son apporté à la musique. Le reste de sa vie appartient à l’Histoire.

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Un commentaire sur “Mettre une limite à la honte !”

  1. Bravo pour ce beau billet écrit sans aucun doute par le signataire du billet C.B. et non par un nègre (oups pardon, j’ai honte…)! ;o)

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