Par procuration – Suite

12 novembre 2012 • Christian Becquereau

Cher lecteur,

Mon billet de mai 2011 était sur le thème « par procuration. Il a suscité des réactions… alors je me suis senti encouragé à écrire une suite. La voici…

 « par procuration » –>  tremplin de la réalisation de soi !
Comment comprendre que des millions de nazis se soient enrôlés dans la démarche infernale d’Hitler ? C’est toujours perturbant de voir qu’un leader dévoyé, démoniaque, puisse entraîner dans ses délires autant d’inconditionnels fascinés (?)
Peut-on trouver dans les phénomènes de groupes les mécanismes qui expliqueraient cet incroyable processus ? Je réponds « non » d’emblée. Non pas que je sois compétent dans ce domaine mais pour me donner le droit de chercher ailleurs.
Reprenons notre illustration nazie. A un moment donné Hans décide de s’enrôler comme SS. Que s’est-il passé avant cette décision ? Qu’a-t-il pensé ? Quelle a été sa logique, ses peurs, sa motivation, son espoir, son aspiration ? J’ose… quelle part de justice y a-t-il dans sa décision ?

D’où me vient ce questionnement ?

Lors d’un coaching, une phrase m’échappe : « nos collaborateurs ont besoin d’un leader ». A certains moments en coaching, c’est comme s’il y avait un invité surprise qui s’exprimait par notre bouche ( ?) Une expression française illustre ce curieux phénomène : « je me suis entendu dire… ».  La phrase prononcée n’est pas passée parla pensée. C’est comme si nous étions le « parlophone » d’un invité surprise…

Ouf ! les milliers d’heures de coaching passées m’autorisent à ne pas couper ce « parlophone ».

Le « parlophone » poursuit : « en haut de sa pyramide, Maslow positionne le besoin de réalisation ». Sur une échelle de zéro à dix, quelle personne oserait mettre le curseur de sa réalisation à 8, à 9 ou à 10 ? Tout le monde n’est pas Gandhi ou sœur Teresa… Est-ce à dire que dans toute l’humanité, seuls les 144.000 élus de l’apocalypse peuvent prétendre à mettre le curseur à 10 ? Je refuse ce schéma qui me coince entre la désespérance ou le cynisme.

Alors ? Y a-t-il un autre biais pour se réaliser ? Et si cette avancée vers sa réalisation personnelle passait parfois par un vécu « par procuration » ?

Ensuite, « je me suis entendu dire… » ce besoin de réalisation des gens n’est-il satisfait que lorsqu’on est un génie de l’humanité, un héros, un Martin Luther King où quand le hasard nous plonge dans des circonstances exceptionnelles qui nous obligent à nous surpasser ? Si rien de tout cela n’est au rendez-vous, le titre du film de notre vie sera-t-il « no destiny » ? Le besoin de réalisation de Maslow ne restera qu’un trou béant. Laisser ce besoin en friche, c’est prendre le risque de le compenser par je ne sais quel addiction ou de stagner dans l’aquoibonisme tristoune.

La procuration, un tremplin vers la réalisation de soi

En nous comportant en leader, quelque soit notre style, nous offrons à nos collaborateurs une opportunité de plus de se réaliser, celle de se réaliser « par procuration ». Ils feront leurs nos talents, nos prises de risque, nos qualités, nos succès, notre courage et aussi nos hésitations, etc. ». A la locomotive du leader, par mimétisme, ils oseront exploiter leurs potentiels, tremplin vers la réalisation de soi.

Mais est-ce raisonnable d’envisager que l’on puisse se réaliser « par procuration » ? N’est-ce pas insensé, sans fondement, ridicule même ?

Durant ce coaching, je me suis souvenu d’une jeune femme qui répondait à une interview à la tv belge. Des lunettes trop grandes pour elle, ne cherchant pas à soigner son apparence, elle ne prenait de l’assurance qu’en évoquant ses rêves éveillés où, de « vieille fille » elle devenait femme fatale, séduisant les hommes les uns après les autres. Cette jeune femme solitaire s’autorisait à vivre « par procuration ». Toute paumée qu’elle paraissait, elle pouvait mettre son curseur à 7 ou 8… elle !

Et qu’en est-il du supporter de foot ou d’autres sports ? Il joue « par procuration » ? Que le premier spectateur qui n’a pas été tenté de mettre son short en regardant la coupe du monde de 98 reçoive le ballon plein cadre ! L’intensité du vécu d’un supporter est-il moindre que celui des joueurs ? Pas sûr…

Tout comme les dieux du stade suscitent des vocations de graines de champions. Pour un manager, tenter d’offrir à ses collaborateurs l’occasion d’assurer une part de réalisation par procuration, peut démultiplier son aspiration à développer son leadership.

Qui n’a pas été emporté par un roman dont l’aventure se déroule au bout du monde dans un autre siècle ? N’avons-nous pas été aventurier, jeune premier ou l’être désiré « par procuration » ? Que dire des films ?

Finalement, avec ses rêves de femme fatale, notre jeune femme bruxelloise n’est plus ridicule. Merci à cette âme solitaire d’avoir osé partager son secret avec nous.

Christian.

Posez-vous les questions suivantes :

Et pour vous, un vécu par procuration… ça évoque quoi. Merci de partager ce vécu.
Avant de prendre position, trop vite, pour ou contre la piste « par procuration », je vous invite à vous poser les deux questions suivantes :

-   A quel niveau, est-ce que je mets le curseur de ma réalisation personnelle ?

-   quel sens apporte à mon leadership « la réalisation de soi par procuration » ?

Répondez à ces questions dans les commentaires ci-dessous.

J’aimerais bien connaître vos intentions dans la prise en compte de « vivre par procuration ».

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2 commentaires sur “Par procuration – Suite”

  1. Bruno AUBIN dit :

    Merci Christian pour la stimulation de mes neurones voici des réponses aux questions que tu proposes.
    Le grade de ma réalisation personnelle est variable suivant les périodes de ma vie de 5 à 8-9. En lien directe avec l’autonomie accordée et la créativité alors déployée dans mon domaine de responsabilité.
    Les périodes de plus forts niveaux sont, sur un autre plan :
    • soit de forte contribution à la réussite technico-économique de mon domaine de responsabilité avec création de progrès et de cash,
    • soit de forte contribution altruiste.
    Dans les deux cas les strokes positifs sociaux et sociétaux sont présents et entretiennent le statut.
    Les périodes de ma vie à faibles niveaux correspondent sensiblement à des situations inverses et je note en réaction à ton propos que je ne suis pas vraiment enclin à me réaliser par procuration.
    Pour ta seconde question je note que lors de mes phases de vie à fort niveaux de réalisation personnelle une partie de celle-ci consistait effectivement dans l’effet d’entrainement lié à mon rôle de management et à une excitation en résultant.
    Je m’inquiète donc à la relecture de ces expériences de l’évolution démoniaque de telles situations pour reprendre ta référence au Nazisme, et recherche un antidote. Mon expérience du pilotage éthique m’a appris que des contres-fous résident dans la collégialité et la transparence. Cela ne suffit pas. Comment faire en sorte que les deux postures résistent à cette excitation mutuelle quand elle devient démoniaque. J’ai découvert aussi qu’il est meilleur que la transmission sociale de :
     La connaissance, le savoir,
     l’éducation, la morale,
     les pratiques et croyances religieuses
    ait pour obsession de renforcer l’autonomie des Hommes, de les mettre debout. Quoi d’autres ? Encore merci. Ba.

  2. Christian Becquereau dit :

    Bruno,
    Merci pour ton commentaire qui inspirera les internautes.
    Que mon billet ait provoqué ce coup de rétroviseur sur ta carrière m’impressionne.
    Mon objectif concernant le sujet « par procuration », est plus modeste mais pourrait bien être ambitieux si mes intuitions se vérifiaient.
    Tout d’abord, mes axes de recherche se limitent au management pour le manager.
    Voici quelques options que m’inspirent le sujet :
    1/ Vivre une partie de sa vie par procuration n’est pas l’option des laissés pour compte…
    j’ai l’impression qu’il s’agit d’une voie royale (?) quand elle complète notre vie d’actions.
    2/ La recherche : comment s’autoriser à vivre une partie de sa vie par procuration, consciemment ?
    3/ Cette voie, en conscience, peut changer quelque chose chez le manager, quoi ?
    En plus simple, la voie de vivre par procuration serait une vraie voie de développement quand elle est consciente et pas exclusive.
    En plus !!!! je pressens qu’il peut s’agir d’une voie thérapeutique (il faudrait un autre mot que thérapeutique qui ne s’adresse qu’à la maladie) pour vivre mieux, se rapprocher du bonheur.
    Voilà. petità petit peut être que quelque chose sortira ou qu’un expert prendra le relais.
    Cordialement. Christian

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