Faire son Churchill (!)

Lors des coachings les Directeurs Généraux remettent rarement en cause leur comité de direction (codir). Pourtant, la puissance d’un codir est décisive dans la performance personnelle du Directeur Général et donc dans celle de l’entreprise.

La vie de Churchill, l’homme qui a gagné la guerre 39-45, est intéressante pour un dirigeant car Churchill est dans l’outrance dans tout ce qu’il entreprend, dans tout ce qu’il ne fait pas, dans ce qu’il réussit, dans ses bévues également. La lecture de comment il s’y prenait est très pédagogique.

Churchill est un touche à tout, créatif. Il a inventé le tank, les péniche-quais qui ont permis le débarquement sans port, etc. Malgré de nombreuses erreurs, deux qualités essentielles et déterminantes ont fait la différence dans la conduite de cette guerre. Il était un stratège et mobilisateur incomparable de ressources.

Scindons le job de ce leader en trois niveaux : l’homme stratège, le premier ministre de l’Empire britannique et l’homme de guerre au niveau le plus bas des opérations terrain.

La plupart des historiens s’accordent sur le fait que Churchill a gagné la guerre à lui tout seul. Cela paraît incroyable et cependant !!! Pour un dirigeant, c’est intéressant de réaliser qu’un homme peut être considéré comme ayant gagné une guerre mondiale à lui tout seul ! ! ! Si c’est possible au niveau d’une guerre, ce doit être réalisable au niveau d’une entreprise…

Churchill stratège

Relatons quelques unes des options stratégiques que non seulement il a prises mais qu’il a portées personnellement, quelquefois envers et contre tous.

Avant la guerre, tous les gouvernements qui se sont succédé, restent sourds aux alertes de Churchill contre le danger que représente Hitler. L’armée est laissée à l’abandon et quand Hitler déclare la guerre, les avions, les tanks, les bateaux ont l’âge de la « grande guerre » 14-18 et la Grande Bretagne ne dispose d’aucun sous-marin. C’est dans ces conditions que Winston Churchill est nommé Premier Ministre.

En 1941, par une des ses impulsions dont il a le secret, il décide de bombarder Berlin. Ses états-majors y sont opposés. Cette décision est sans portée stratégique : les avions britanniques n’ont pas l’autonomie pour aller à Berlin. Ils ne peuvent porter que des bombes anciennes, de faible puissance. Mais sa capacité de conviction fait que Berlin est bombardé. Les berlinois s’en aperçoivent à peine. Mais Hitler est vexé. Fou de rage, il détourne la Luftwaffe de ses objectifs initiaux. Il ne fallait plus que deux semaines à la Luftwaffe pour avoir tout détruit, dépôts de munitions et usines d’armement. Hitler donne l’ordre de bombarder plusieurs villes d’Angleterre dont Londres. Ces bombardements donnent le temps de déplacer les stocks de munitions et de réorganiser les usines d’armement que Churchill conduit à coup de dizaines de notes par jour. Cela sauvera l’Angleterre et l’Occident d’une défaite assurée.

1941 : dès le lendemain de l’arrivée du Général de Gaulle, contre l’avis de la presse et contre l’avis de la classe politique, il impose que de Gaulle s’exprime à la BBC. Il sait que la France libre sera nécessaire à gagner cette guerre.

Il sera l’acteur déterminant pour investir et développer l’organisation des services secrets britanniques dont le décryptage des messages allemands sera déterminant dans cette guerre.

Dès le début de la guerre, Churchill prend l’option que cette guerre ne peut être gagnée sans les américains. Il établi un contact personnel avec Roosevelt Président des USA. Ses liens personnels et permanents avec Roosevelt contribueront à ce que les américains s’engagent dans la guerre contre Hitler.

Autre option stratégique : la Grande Bretagne aidera la Russie à combattre l’Allemagne pour diminuer la puissance de guerre des allemands contre l’occident. Churchill fait le choix difficile d’entretenir des liens personnels et douloureux avec le « petit père des peuples » et tyran : Staline.

L’Allemagne aurait dû la gagner ! ! ! Seulement, voilà, en face, il y a Churchill qui ne donne le soin à personne de s’investir dans la haute stratégie. Son engagement est total, ses prises de risque sont presque quotidiennes. Il s’engage personnellement, dans toutes les actions stratégiques. Son entourage a bien du mal à contenir cette force de la nature, ce bagarreur invétéré et aussi buveur d’élite comme dit François Kersaudy.

Le Premier ministre de la Grande Bretagne

W. Churchill ne se consacre qu’à la guerre. W Churchill laisse carrément la gouvernance de la Grande Bretagne à ses ministres. C’est tout juste s’il connait les dossiers.

Dans l’entreprise, cela correspondrait à ce que la Direction Générale laisse la gestion classique de l’entreprise aux mains des membres de son Comité de Direction avec un investissement personnel réduit au minimum (!)

Les opérations-terrain

Jamais un homme n’a été aussi engagé sur le terrain que Churchill. Il est sur le théâtre des opérations. A 67 ans, il se fait véhiculer dans des conditions précaires, dans des trains aménagés ou des avions vétustes. On voit cet homme massif, planté de son éternel cigare, sur tous les fronts pour se rendre compte par lui-même, pour encourager chacun à davantage d’actions, à se batailler davantage…

Concernant la guerre, ce forcené de l’action passe le plus clair de son temps à mobiliser le monde. Il arrose de notes des milliers d’acteurs, sur tous les fronts, aux quatre coins du monde sur la manière de gagner la guerre, incitant à passer à l’attaque, à prendre des initiatives. Il traverse allègrement les strates hiérarchiques intermédiaires. En même temps, il confie le contrôle de la bonne réalisation au management intermédiaire. Si ce n’est pas réalisé, il intervient en direct.

Rien ni personne ne lui résiste, ni même ses opposants dont il force l’admiration. A 67 ans, ce buveur d’élite et ce fumeur invétéré de 8 gros cigares au quotidien, ne dort que 3 heures, plus une heure de sieste et trois heures de bain par jour. Il mène son monde à un train d’enfer. Il veut gagner cette guerre.

Lord Mountbatten, n’est en rien légitime à être nommé général. Cependant W Churchill, sur le terrain, a observé les talents uniques de cet homme. Contre l’avis de l’Amirauté, il décide de le nommer Général. En Inde, à la tête d’une armée bricolée, composée de britanniques, d’indiens et d’autochtones, il interdira aux Japonais, dix fois plus nombreux, par des faits d’armes extraordinaires, de pénétrer en Inde et évitera que la guerre ne bascule en faveur de l’Axe.

Il se préoccupe de détails inouïs : le nombre de bateaux des alliés est insuffisant pour assurer la logistique. Il imagine des modes de chargement-déchargement pour réduire le temps des escales et rendre les bateaux plus disponibles.

Il mobilise à lui tout seul l’Administration anglaise, somnolente au début de la guerre.

Reprenons notre pyramide ci-dessus. Sir Winston Churchill est absent ou presque de la gestion de l’Empire. Son effort est entièrement porté sur la haute stratégie et sur les opérations terrain. La gestion de la Grande Bretagne est laissée à ses ministres.

Faire son Churchill en entreprise

Au regard de ce leader, de ce réalisateur de l’impossible, il est intéressant de revisiter son comité de direction. Est-ce que mon Comité de Direction porte la totalité de la bonne marche de l’entreprise et m’autorise, moi, Directeur Général à « faire mon Churchill » ?

Dans mes coachings, je soumets au Directeur Général un contexte qui l’obligerait à abandonner la bonne marche de l’entreprise à son codir. Il n’a plus le choix : le DG n’a plus de temps à consacrer à son comité de direction. C’est à peine s’il a le temps de s’inquiéter si la gestion est bien menée !!!

Si c’est le cas, le Dirigeant peut mettre toute sa puissance à dessiner et porter la stratégie. Et aussi pour être un mobilisateur forcené des ressources internes et externes, toujours nécessaires pour gagner les guerres économiques, à « faire son Churchill » en somme.

Il est intéressant de se souvenir que cette guerre aurait dû être perdue sans ce diable d’homme et son mode de management.

PS : ce qui est valable pour une Direction Générale, l’est tout autant pour le manager d’une équipe.

ET VOUS ?

–          Est-ce que mon Comité de Direction porte la totalité de la bonne marche de l’entreprise et m’autorise, moi, Directeur Général à « faire mon Churchill » ?

–          Est-ce que votre équipe peut fonctionner sans vous ?

–          Avez-vous compté le nombre de décisions qu’ils ne peuvent pas prendre sans votre avis ?

–          Demandez à vos collaborateur de répertorier les décisions qu’ils ne peuvent pas prendre sans votre avis. (préparez vos pilules tranquillisantes – le nombre indiquera le niveau de dépendance de vos collaborateurs)

Partagez vos réactions, vos expérimentations avec vos pairs, les managers, dans la zone commentaire.

Je vous répondrai.

||||| Like It 1 J’aime ! |||||
Christian Becquereau | 12 octobre 2009

Commentaire

*